Une (brève) histoire du motion design

Wednesday
17
February
2021
- à lire en
10
minutes
Puisque le motion design s'intègre aujourd'hui complètement dans le paysage audiovisuel, il m'a semblé utile, autant pour vous que pour moi, de rappeler quelques unes des étapes clefs de son histoire.

Quelle histoire ?

Avant d'en décrire les étapes historiques, je vais essayer de régler les limites de cette discipline.

Est-ce que le dessin animé, par exemple, peut être considéré comme du motion design ?

Comme je l'ai écrit dans mon précédent article, ce dernier découle du graphisme animé.

Le dessin animé relève plutôt, selon moi, de l'illustration animée. Or graphisme et illustration sont bien deux disciplines différentes et ne demandent pas les mêmes expertises.

Même si l'illustration est une composante essentielle d'une création graphique, elle l'est tout autant que la typographie ou la photographie. Le graphisme communique, l'illustration... illustre (un texte dans la plupart des cas).

En faisant l'analogie avec le motion design, le dessin animé en est bien une composante, tout comme la prise de vue, ou la typographie animée, mais n'en est pas la finalité. Je vais donc ici me limiter à l'histoire du graphisme animé.

Maintenant que ces limites sont fixées, quand et comment débute cette discipline spécifiquement ?

Au cinéma

Préquelle

Les premiers graphismes qui sont portés à l'écran sont les titres des films, ainsi que la longue liste de leurs contributeurs. Ce sont des écrans fixes, montés les uns après les autres.

Ils sont tellement ennuyeux que les théâtres n'ouvrent leurs rideaux qu'à la fin de la diffusion de ces écrans.

Il faudra attendre de nombreuses années d'expérimentations visuelles avant que naisse l'idée de les animer et de les intégrer entièrement aux films.

Et ces expérimentations commencent avec les aventuriers de la peinture en mouvement.

Parmi eux, Walther Ruttmann, qui initie la danse avec Lichtspiel Opus I en 1921 (ci-contre), Hans Richter avec Rythmus 21 ou encore Oskar Fischinger avec Wax Experiments.

Ces films ressemblent beaucoup à ce qui pourrait être réalisé en motion design aujourd'hui, même s'il n'y a pas de but commercial ni d'histoires.

Il a d'ailleurs été démontré en 1944 que des formes géométriques animées au hasard provoquent chez la plupart des spectateurs le besoin de se raconter une histoire cohérente. Il n'en faut pas beaucoup plus pour établir les bases du motion design.

Naissance

Dans les années 1930, le cinéma est en plein essor et voit fleurir les grosses sociétés de production. C'est à cette époque que les logos, créations graphiques par excellence, commencent à s'animer légèrement sur la toile, comme celui de  Universal Pictures, de la 20th Century Pictures Company ou encore de la Paramount,.

Mais c'est seulement en 1954 qu'un graphiste ayant déjà fait ses preuves en ayant révolutionné la composition d'affiches de film révolutionne le générique de films avec Carmen Jones d'Otto Preminger en y apportant une dimension narrative et émotionnelle jamais vue auparavant.

Ce graphiste se nomme Saul Bass et continuera d'animer des génériques mémorables pendant encore 40 ans. Il reste aujourd'hui une référence pour tous les créateurs de génériques de films.

Le générique de l'Homme au Bras d'Or, d'Otto Preminger (ci-contre) est sa deuxième réalisation.

En 1960, le terme de "motion graphics" se popularise enfin avec la création de la société Motion Graphics Inc., créée par John Whitney, un pionnier des équipements électroniques dédiés au cinéma depuis les années 40. Il résume son travail de l'époque dans une bande démo (un showreel) qu'il nomme Catalog.

Pendant ces mêmes années, Maurice Binder construit sa légende en se faisant remarquer avec le célèbre générique  de James Bond contre Dr No en 1962, inoubliable moment de cinéma.

À la télévision

Parallèlement à l'épanouissement du générique de film au cinéma, la télévision devient de plus en plus un vecteur de diffusion du graphisme en mouvement, grâce à l'animation des différentes identités visuelles des chaines.

Dans les années 1970, une nouvelle innovation technologique donne le ton des animations de logo de l'époque : le Scanimate. C'est un appareil qui contrôle les électrons dans le tube cathodique afin de déformer et animer les images projetées. C'est le premier ordinateur dédié aux animations graphiques.

Depuis les années 80, la chaine MTV se fait particulièrement remarquer par la créativité débordante de ses animations de logo.

Renaissance

En 1995, retour au cinéma avec le générique de Se7en, de David Fincher, qui relance l'art du générique avec un choix typographique, iconique et musical très sombres. Le spectateur entre dans l'univers du film avec une intensité rarement égalée.

Ce générique, réalisé par Kyle Cooper, émeut une toute nouvelle génération d'artistes de l'image animée, bercée par le grunge et le métal indus, et reste une référence incontournable dans l'histoire du générique et du motion design.

Computer graphics et internet

Les années 1990 voient naitre la conception assistée par ordinateur et Internet, une révolution qui va évidemment changer le monde, mais particulièrement celui de l'image vidéo.

Le motion design est de plus en plus facile à produire, notamment grâce à l'arrivée de logiciels pouvant être installés directement sur les ordinateurs personnels (After Effects notamment), concurrençant des machines à plusieurs millions de francs réservées aux plus gros studios.

Et il est de plus en plus facile de montrer son travail grâce aux nombreuses et rapides avancées technologiques qui permettent de réduire la taille des vidéos, et d'accélérer leur téléchargement depuis l'autre bout du monde.

C'est ainsi que se fait connaître l'une des nouvelles légendes du motion design, Bradley G Munkowitz, aka GMunk, avec son film FINN (ci-contre), innovant par son design, sa narration, son rythme et la technique utilisée.

Aujourd'hui, le motion design a envahi notre quotidien : sur les réseaux sociaux, les applications mobiles, les panneaux publicitaires, les jeux vidéos, ...

Il n'a jamais été aussi facile de se former, de tester, d'expérimenter et de se perdre et l'arrivée d'un tout nouvel acteur, l'intelligence artificielle, laisse supposer que de nombreuses révolutions sont à prévoir dans les prochaines années. Il suffit de regarder la courbe d'évolution des technologies informatiques et son accélération soudaine ces dernières années pour comprendre que tout risque encore de changer ces dix prochaines années.

Malgré tout, avec la prolifération des films et des séries sur les plateformes de streaming, le générique de film a encore de beaux jours devant lui !

Et vous, quelle est votre histoire avec le motion design ?

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Je suis Alexandre Soubrier, réalisateur de films graphiques, et auteur de ce site.

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